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Puis après avoir acheté de nouvelles bobines Kodak, salué un mannequin narquois je le décidai à se faire photographier en Zidane au photomaton du magasin (nous étions en 1998, cocorico !). Raymond en bleu, blanc, rouge c’est quelque chose !
Et toujours cet appareil photo qui lui donnait tant de soucis ! Il ne cessait de l’ausculter pour savoir si le film s’enclenchait bien. Désopilant.
Nous avions fini par aller déjeûner non loin de la place Du Frêne (hasard ?), puis ses besoins nous ont guidés pharmacie Du Frêne (plus de hasard), au château Villeneuve pour “Arp et ses amis” et enfin villa “le rêve” et chapelle du rosaire sur les traces de Matisse qu’il vénérait : “Si je suis venu à Nice et à Vence c’est grâce à Matisse”.
Après avoir photographié quelques “Arman” au hasard des rues, un panneau publicitaire, quelques bobines de photos plus loin nous étions de retour le soir à Nice. Sagement.
Ou alors étions-nous allés au Vendôme manger l’épaule d’agneau, comme d’habitude ? “Vendôme, vent d’ange, tout ça ne vaut pas un pet de lapin Raymond, non ?”.
C’est peut-être aussi ce soir-là, mais qu’importe au fond, que nous avions terminé la soirée par un pot et un long bavardage (disons plutôt soliloque) dans la rue piétonne, notre quartier. A trois heures du mat’ nous étions seuls au milieu de la rue, les serveurs ayant absolument tout débarrassé autour de nous. “Bon, on y va Raymond ?”.
Et comme chacun de ses amis le sait si bien, le raccompagner chez lui est encore une drôle d’aventure. Heureusement pour moi nous étions voisins de 50 m ! Mais si les maîtres le sont parfois, les mètres de Raymond ne sont pas les mêmes que les nôtres...
D’autres escapades dans la plaine du Var nous ont menés chez Castelli afin de fignoler l’expo qui se profilait galerie Templon ; chez Peradotto où j’ai du déplacer un à un les panneaux publicitaires entassés dans la cour, les assembler, les recomposer à sa façon, les photoghaphier afin de préparer l’ouvrage à venir chez Soardi ; au château de Carros voir Frédéric Altmann et admirer, dans le grenier d’alors, les Salkin de la prochaine exposition. Dans un bureau, au mur, il se découvrit avec amusement en photo sur une balancelle : cette même photo qui sert aujourd’hui d’invitation à cet hommage.
Autre promenade à Mougins afin de rendre visite au grand photographe André Villers pour de joyeuses retrouvailles. André lui offrit un de ses “photographes” en carton peint fort drôle, puis Raymond dégota dans un coin un autre “photographe” avec 3 yeux. “Troisième dimension ?” interrogea-t-il avec amusement. “Non, c’est 3 D, mon ami le photographe David Douglas Duncan” répondit André en rigolant.
Vallauris ! Nous y sommes allés plusieurs fois surtout en 1997 quand nous préparions l’expo des “affichistes” au CEAC. Sur la Place Lisnard, au coin de la Rue des Tours, il tomba en arrêt devant une boutique de droguiste, conseiller en peinture et marchand de couleurs (comme ses parents). Photo obligatoire donc ! En 1999, invité à participer à l’exposition “murs éphémères” dans les rues de Vallauris, Raymond ne put venir, retenu par ailleurs.
Afin de justifier sa présence sur le carton d’invitation je collai à la hâte son portrait au même endroit et transformai le nom de la rue par la même occasion en Rue des tours et détours de R.Hains. Je repasse très souvent par là. Aujourd’hui le collage a disparu, et les piles Leclanché et Raymond... Mais le souvenir demeure. Intact, vivace, émouvant.
Gilbert Baud
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